Chapitre 1
L'apparition
Lucas Dunières est assis à son bureau dans son modeste studio, les yeux fixés sur la fenêtre qui donne sur le ciel étoilé. Les nuits sont des sanctuaires pour lui, un moment de tranquillité où son esprit peut se libérer des chaînes du quotidien. Cependant, ce soir, son décor et ses repères vont changer. Une lueur étrange attire son attention, une lumière qui n'est pas en mouvement comme une étoile filante, mais qui reste immobile dans le ciel. Il se lève de sa chaise, les battements de son cœur s'accélèrent alors qu'il observe cette lueur insolite. Les théories scientifiques et les récits de science-fiction qu'il a lus se bousculent dans son esprit. Pourrait-il s'agir d'une planète inconnue, d'une anomalie spatiale, ou quelque chose de totalement différent ? Le temps semble suspendu alors qu'il observe cette lueur insolite. Puis, tout à coup, l'éclat disparaît, plongeant Lucas dans l'obscurité. Un frisson d'appréhension parcourt son corps, à cause du vide qui l'entoure tout à coup. Au même moment, avant qu'il n'ait eu le temps d'allumer, le hululement caractéristique d'une chouette déchire le silence nocturne. Il cligne des yeux, incertain de ce qu'il vient de voir et d'entendre. A-t-il imaginé tout cela ? Son cœur bat la chamade malgré les ténèbres dissipées, un mélange d'excitation et d'appréhension l'envahit. Son esprit est en ébullition, une multitude de questions se bousculent dans sa tête. Est-ce un phénomène naturel ou quelque chose de plus profondément mystérieux ? Une note de mystère s'est ajoutée avec cette maudite chouette qui a déchiré la nuit de son cri lugubre.
Lucas se retourne lentement, son regard toujours fixé sur l'endroit où la lueur était visible. Un changement profond s'opère en lui, telle l'ouverture d'un passage secret menant à des souvenirs enfouis au tréfonds de sa mémoire. Cette submersion d'émotions issues du passé va désormais le perturber, il le pressent, il le redoute. Comment renfermer à nouveau ce flot de réminiscences remontant à l'enfance ? Il sait qu'il ne peut feindre l'indifférence et reprendre le cours de sa vie comme si de rien n'était. Il lui faudra sans doute du temps pour remettre de l'ordre dans ces souvenirs et retrouver la sérénité intérieure nécessaire à la poursuite paisible de son existence. Attache-t-il trop d'importance aux choses, au décor qui change sans cesse, à la vie qui se métamorphose autour de lui ? Pourquoi est-il aussi sensible, pourquoi n'est-il pas capable de prendre du recul pour se protéger ? Sans doute à cause de situations vécues et d'explications manquantes dans sa jeunesse. Est-ce tout simplement sa nature, ou un état inconscient induit par la passion qui l'anime depuis toujours, la création d'histoire romanesque ? Il n'en faut pas plus, pour le faire dévier de son objectif, comme un enfant qui se déconcentre à cause d'un simple papillon qui passe…
Lucas est isolé depuis trop longtemps, il existe uniquement dans ses narrations, coupé presque du monde réel, aurait-il un véritable problème ? Une sorte de schizophrénie se serait-elle emparée de son esprit ? Parce que se poser des questions et arriver à se mettre dans cet état pour une lumière aperçue dans le ciel et le cri d'une chouette… Lucas Dunières commence toujours sa journée par une tasse de café, un moment de calme avant que son esprit ne soit envahi par une tempête de pensées. Debout à sa fenêtre, il observe le monde extérieur avec un regard mêlé d'émerveillement et de questionnement. Les passants pressés, les voitures qui filent, tout cela est pour lui, les pièces d'un puzzle infini, une partie d'une réalité complexe qu'il souhaiterait comprendre. Pourquoi ne se contente-t-il pas d'observer comme tout le monde ? Pendant la journée, il se perd dans ses écrits, plongeant dans des mondes imaginaires où les frontières entre le possible et l'impossible s'estompent. Chaque mot qu'il écrit est une exploration, chaque phrase un pas de plus vers la compréhension de la condition humaine. Parfois, il se perd dans des rêveries profondes, fixant le plafond avec un regard lointain, tandis que des idées tourbillonnent dans son esprit comme des étoiles en formation. Et, puis, il y a les nuits dans lesquelles des lueurs mystérieuses font leur apparition, des éclats fugaces qui éveillent sa curiosité et l'empêchent de trouver un sommeil réparateur.
La vie quotidienne de Lucas est marquée par cette quête incessante de sens, cette recherche inlassable de réponses aux questions qui le tiraillent. Mais, derrière cette façade de la personne tourmentée, se cache un homme qui parait encore suffisamment équilibré pour arriver à vivre normalement. Il a une peur irrationnelle des espaces confinés, une phobie qui remonte à un incident de son enfance. Cette faille semble en contradiction avec la personne qu'il projette : un homme en quête de vérité, mais qui a tout de même un esprit cartésien la plupart du temps. Lucas jongle constamment entre deux réalités : celle de l'homme qui se lance dans des quêtes intellectuelles profondes et celle de l'homme qui lutte contre une phobie qu'il n'arrive pas à dominer. C'est cette dichotomie qui le rend simultanément fascinant et humain, complexe et vulnérable.
Après une journée compliquée et « gaspillée » à se poser mille questions, son manuscrit en est au même point, pas une ligne de plus… Il a tourné en rond comme une âme en peine, jusqu'au moment où son corps épuisé l'a obligé à se coucher. Le lendemain matin, il se lève tôt, toujours hanté par les événements de la veille, mais l'esprit un peu plus clair tout de même. Alors qu'il sirote sa tasse de café, son regard se pose sur une vieille photo sur le mur, c'est une image de lui enfant. Il sourit devant l'objectif, en arrière-plan, se dessine une porte étroite et sombre. Un souvenir refait surface, il se remémore cette prise de vue, mais il peine à revoir précisément le contexte. Un sentiment mêlant curiosité et appréhension, remonte à son esprit, après quelques minutes, il détourne son regard pour passer à autre chose. Il essaie de se mettre au travail, relisant les dernières phrases de son manuscrit, il arrive difficilement à se concentrer. A la fin du chapitre, il semble satisfait tout de même de sa narration, quelques retouches, puis il enregistre avant d'éteindre l'ordinateur. Sans vraiment en avoir envie, il fait un peu de rangement, fait son lit et la vaisselle, car il est obligé depuis plusieurs jours de manger dans la casserole. Satisfait du résultat après ces quelques corvées, il se remet à son ordinateur, mais cette fois, c'est pour faire des recherches.
Alors qu'il se plonge dans ses investigations, une sensation d'étouffement le saisit soudainement. Il regarde autour de lui, prenant conscience de l'espace restreint de la pièce. Sa respiration s'accélère légèrement, mais il parvient à chasser le sentiment d'oppression en se concentrant sur sa respiration. Entouré de piles de livres et de feuilles de papier griffonnées, on dirait un fauve en cage qui cherche une sortie vers la liberté.
La lumière du jour filtre à travers les rideaux, baignant la pièce dans une douce lumière dorée. L'écrivain est assis à son bureau, les yeux fixés sur l'écran de son ordinateur. Ses doigts tapotent sur le clavier, traduisant ses pensées en mots qui deviennent des phrases sur l'écran. Mais, son esprit est ailleurs perdu dans les méandres de ses réflexions. Il décide de prendre sa dose de vie extérieure, en allant à son endroit habituel, un petit bistro pas loin de chez lui. Là seul, mais entouré d'autres personnes, il peut retrouver un peu de chaleur humaine et de sérénité. Il ne pourrait pas écrire dans ce contexte, mais cette immersion est salutaire pour son équilibre, néanmoins, il ne reste jamais longtemps, car rapidement le calme lui manque.
De retour chez lui, Lucas trouve son appartement avec plaisir, comme à chaque fois qu'il a quitté là. Sur la table basse s'amoncèlent des piles de livres et de courriers. Il fouille dans la pile, triant sans conviction les factures et les publicités, une sorte de toc, car rien de nouveau n'a été posé là… Soudain, une enveloppe attire son attention, l'en-tête est celle de son éditeur. Il déchire fébrilement l'enveloppe pour en extraire la lettre. Ses yeux parcourent les lignes qui lui réclament impérativement la dernière partie du manuscrit. En la reposant en haut de la pile, il passe une main lasse sur son visage. Il sait que le délai est dépassé depuis longtemps, mais l'éditeur devra attendre encore un peu. A-t-il compris que le comité de lecture a probablement étudié ses chapitres précédents et attend pour se prononcer sur une éventuelle validation de son manuscrit ? Mais, il semble que pour l'instant, terminer ce manuscrit semble au-dessus de ses forces, ou pas sa priorité…
— Ils attendront le temps qu'il faudra, marmonne-t-il pour lui-même.
